Rapport d’octobre 2013

Conseil du Réseau des champions des langues officielles Présentation aux responsables de l'initiative Objectif 2020

« Tirer parti du bilinguisme dans la fonction publique de l'avenir »

Table des matières

Hommage

Le Conseil du Réseau des champions des langues officielles tient à rendre hommage, dans sa présentation aux responsables de l'initiative Objectif 2020, à deux fonctionnaires qui sont décédés de façon tragique à la suite d'un accident survenu à Ottawa le matin du 18 septembre 2013. Karen Krzyzewski, de Bibliothèques et Archives Canada, et Michael Bleakney, de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, adoraient leur travail. Ils étaient dévoués envers la fonction publique et au service de la population canadienne. Les deux étaient très aimés de leurs collègues en raison de leur gentillesse, de leur grâce et de leur générosité. Nous souhaitons reconnaitre leur service pour qu'il nous inspire à continuer à viser l'excellence au travail comme ils le faisaient.

Introduction

Le Conseil est une organisation horizontale du gouvernement du Canada à l'intérieur de laquelle les ministères, les organismes, les sociétés d'État et les conseils fédéraux régionaux, grands et petits, travaillent de concert. Le Conseil compte vingt trois membres, dont quatorze champions des langues officielles, trois représentants régionaux, quatre représentants de ministères et d'organismes jouant directement un rôle lié aux langues officielles (le Secrétariat du Conseil du Trésor, le Bureau du Conseil privé, le ministère du Patrimoine canadien et le ministère de la Justice), le directeur exécutif de la Communauté nationale des gestionnaires et le président du Réseau des jeunes fonctionnaires fédéraux.

Le présent rapport est la contribution du Conseil du Réseau des champions des langues officielles (le Conseil) à l'exercice Objectif 2020. Notre collectivité représente les fonctionnaires fédéraux qui défendent et encouragent l'utilisation des deux langues officielles et qui en font la promotion à l'échelle de la fonction publique. Dans le présent document, nous donnons un aperçu de notre réponse aux trois questions posées lors des consultations sur Objectif 2020, particulièrement de ce que signifie la vision Objectif 2020 pour les langues officielles au sein de la fonction publique; des changements qui, selon la perspective de l'utilisation de l'anglais et du français dans les milieux de travail de la fonction publique, auraient la plus grande incidence sur la concrétisation de cette vision; et de ce que le Réseau peut faire pour aider à concrétiser la vision Objectif 2020.

Nous avons intentionnellement mis l'accent sur l'aspect de la langue de travail de la Politique sur les langues officielles du gouvernement du Canada, en tenant compte du fait qu'une fonction publique davantage bilingue peut seulement accroître sa capacité à servir la population canadienne dans la langue officielle de son choix ainsi que contribuer à protéger et à améliorer les communautés de langue officielle en situation minoritaire dans l'ensemble du pays.

La vision Objectif 2020 et les langues officielles

À l'échelle de la fonction publique, les employés aimeraient que la manière dont nous pratiquons le bilinguisme et percevons les langues officielles soit plus libre et moins rigide. La langue est un outil. Elle est, à tous les égards, l'outil de travail le plus puissant dont nous disposons. Lorsque le travail peut être accompli par des personnes ayant la capacité collective de passer facilement d'une langue officielle à l'autre, cela donne lieu à une compréhension accrue et à de meilleurs concepts. Lorsqu'un effectif utilise deux langues de travail pour échanger des points de vue, diffuser de l'information et exprimer des idées, la possibilité de communiquer plus efficacement, d'élargir l'imagination, de générer de meilleures idées et d'accroître la productivité de l'effectif est énorme. En ce sens, mathématiquement, deux employés ou plus utilisant chacun deux langues de travail est quatre fois plus puissant que s'ils en utilisaient seulement qu'une.

Toutefois, la réalité est moins inspirante. Une observation qui interpelle de nombreux fonctionnaires touche les résultats de la formation linguistique par opposition à l'efficacité de celle-ci—à savoir le dilemme entre le fait de réussir le test linguistique, mais de ne pas être capable de communiquer et le fait d'être capable de communiquer, mais pas de réussir le test. De nombreuses personnes en faveur d'une nouvelle approche soulignent que, bien que la formation linguistique ait sa place, il ne peut pas s'agir de la seule mesure à prendre pour renforcer le bilinguisme au travail. Nous devons faire plus pour atteindre la fluidité qui devrait caractériser la manière dont les deux langues officielles sont utilisées.

Un autre dilemme a été décrit récemment dans CGconnex – l'expérience « surréaliste » de deux scientifiques du gouvernement, tous deux francophones, qui étaient incapables de discuter en français des constatations de leurs dernières recherches parce qu'ils publiaient leurs documents en anglais et qu'ils n'étaient pas familiers avec la terminologie française de leur domaine. Il ne s'agit que de deux exemples des enjeux quotidiens qui nuisent à la pratique du bilinguisme dans la fonction publique et qui ne peuvent être réglés au moyen de règles administratives.

Exploiter le potentiel du travail avec deux langues constitue un enjeu culturel. Le Conseil du Réseau des champions des langues officielles est heureux de faire part de son point de vue sur la vision Objectif 2020 proposée et, particulièrement, sur la contribution que le renforcement du bilinguisme pourrait apporter à la fonction publique de l'avenir.

Ce que signifie la vision Objectif 2020 pour les langues officielles dans la fonction publique fédérale de l'avenir

Une fonction publique de niveau mondial outillée pour servir le Canada et les Canadiens maintenant et dans l'avenir nécessite la création d'une fonction publique davantage bilingue, entièrement outillée pour soutenir la population canadienne dans les deux langues officielles dans un monde complexe, interrelié et concurrentiel. Cela consiste à profiter des avantages du bilinguisme dans l'économie mondiale du savoir, grâce à une fonction publique qui tire entièrement parti des avantages du bilinguisme. Sur le plan individuel, il s'agit d'avantages cognitifs et liés à l'apprentissage, comme la sensibilisation métalinguistique et des fonctions de contrôle des travaux renforcées, comme la planification, la gestion du temps, la planification de stratégies et la mémorisation. Collectivement, une fonction publique davantage bilingue permet au Canada d'atteindre l'excellence sur le plan mondial. Plus d'un milliard de personnes dans le monde parlent anglais ou français, ce qui fait du bilinguisme institutionnel et de la dualité linguistique des atouts stratégiques pour mobiliser les nouveaux Canadiens et le monde entier.

La création d'un environnement axé sur l'ouverture et la collaboration comprend l'utilisation élargie des deux langues officielles à l'échelle de la fonction publique afin de permettre :

  1. le réseautage, la mobilité, les partenariats, l'échange d'information et l'échange de compétences pour élaborer des options fondées sur des preuves et des conseils pour le gouvernement, pour atteindre l'excellence dans la conception et la mise en œuvre des politiques, programmes et services du secteur public et pour offrir un soutien efficace à la population canadienne;
  2. l'accès à l'information et aux services du gouvernement dans la langue officielle de choix de la population canadienne partout au Canada ou dans le monde entier.

Pour favoriser une approche pangouvernementale qui améliore la prestation de services et accroît l'efficacité opérationnelle, on doit veiller à ce que les fournisseurs de services communs et partagés mènent leurs activités de façon efficace, à l'échelle de l'organisation, dans les deux langues officielles.

Un milieu de travail moderne et habilitant qui utilise les nouvelles technologies de façon judicieuse exige de tirer entièrement parti des possibilités offertes par la technologie pour accroître la collaboration entre les institutions fédérales et les intervenants externes afin de faciliter l'utilisation des deux langues officielles. Pour ce faire, on doit reconnaître la tension qui existe entre le libre accès aux données et la dualité linguistique ainsi que le fait que les progrès technologiques nous amènent dans une nouvelle ère qui déplacera « l'accent sur la langue » de la personne qui publie l'information à l'utilisateur final de celle-ci. Dans un avenir rapproché, des applications de traduction sur demande permettront de traduire l'information d'une langue à l'autre de manière fiable, exacte et quasi-instantanée. Elles seront accessibles au moyen de navigateurs Web et de logiciels pour ordinateur de bureau, de même que sur les appareils portatifs d'informatique mobile. Elles réduiront, voire élimineront, le besoin de traduction effectuée par un humain pour une grande partie de l'information utilisée dans le milieu de travail quotidien. Bien que les documents officiels du gouvernement et les énoncés de politique nécessiteront toujours une traduction faite par un humain ainsi qu'un examen avant leur publication à des fins juridiques et d'assurance de la qualité, il est concevable que le gouvernement du Canada sera en mesure de rendre de grandes quantités de renseignements opérationnels accessibles dans les deux langues officielles, tant et aussi longtemps qu'il fournira un accès à des outils fiables de traduction automatisée qui permettent à l'utilisateur d'effectuer la traduction lui-même.

Enfin, un effectif compétent, confiant et très performant nécessite la prise de mesures concrètes pour permettre la collaboration efficace à l'échelle de la fonction publique, quelle que soit la langue de travail, en veillant à tirer entièrement parti des connaissances et des compétences. En temps de crise, la fonction publique peut mobiliser efficacement les talents et trouver des moyens de mettre sur pied des équipes bilingues très efficaces. Nous devons apprendre de cette expérience et faire en sorte que ce que nous faisons bien en temps de crise devienne une réalité quotidienne.

Changements visant à renforcer le bilinguisme dans la fonction publique fédérale pour mieux servir la population canadienne et le Canada

Pour parvenir à une fonction publique de niveau mondial, outillée pour servir le Canada et les Canadiens dans les deux langues officielles, nous devons aller au-delà de la dualité linguistique au sein de la fonction publique en tant qu'obligation pour la percevoir comme moteur d'excellence et symbole de leadership, de respect, de compréhension et d'inclusion. Le leadership et l'engagement individuel sont nécessaires afin de créer une fonction publique qui apprécie et favorise le bilinguisme en tant qu'avantage concurrentiel dans le monde d'aujourd'hui.

Dans l'avenir, le recrutement de nouveaux fonctionnaires qui peuvent travailler dans les deux langues officielles continuera d'être une priorité. Un leadership sera requis pour encourager les systèmes d'éducation du Canada et, particulièrement les établissements postsecondaires, à produire des finissants bilingues. Nous avons entendu à maintes reprises que nous devrons agir de façon plus audacieuse pour donner à la fonction publique une image de marque en tant qu'employeur qui valorise le bilinguisme, en signalant ses nombreux avantages pour les personnes, y compris celles ayant des aspirations de carrières allant au-delà du Canada et visant la scène mondiale. De nombreux fonctionnaires, y compris les nouveaux employés du gouvernement, nous ont dit que les futures recrues doivent déjà posséder les compétences professionnelles requises pour une carrière à la fonction publique, et cela signifie souvent d'être capable de travailler dans les deux langues officielles dès leur arrivée à la fonction publique.

Parallèlement, nous devons trouver des moyens de renforcer davantage les efforts des employés visant à acquérir et à maintenir leurs compétences en langue seconde. Peu importe qui paie — que ce soit l'employé ou l'employeur — les compétences acquises en langue seconde doivent être utilisées afin d'être maintenues. L'engagement individuel doit être appuyé par un leadership qui crée des occasions de pratiquer les compétences en langue seconde au travail, y compris par des outils d'apprentissage et de maintien des compétences en langue seconde novateurs et à faible coût. Le processus de gestion du rendement devrait également reconnaître et récompenser les efforts des employés visant à fonctionner de façon bilingue.

Un environnement axé sur l'ouverture et la collaboration qui mobilise les citoyens et les partenaires dans l'intérêt public reconnaît le fait qu'en raison des technologies mobiles, du travail mobile et des réseaux doués du don d'ubiquité et sans frontière, la « langue de travail » de la fonction publique ne peut plus être déterminée uniquement selon l'emplacement géographique. La Politique sur les langues officielles et, possiblement, la loi pourraient devoir être mises à jour en continu pour veiller à ce que la langue de travail appuie l'adoption de nouvelles technologies ainsi que le principe d'un environnement axé sur l'ouverture et la collaboration pour la fonction publique du Canada. La langue de travail devrait être déterminée par les personnes qui reçoivent les services ainsi que les collectivités et les intervenants avec qui les fonctionnaires interagissent, en personne ou à distance, et pour qui la « langue de travail » pourrait nécessiter que l'on fasse une distinction entre les régions bilingues et unilingues. Pour ce faire, on devrait mettre davantage l'accent sur l'acquisition et le maintien des compétences en langue seconde au travail et sur les investissements dérivés dans les technologies langagières à faible coût, comme les applications d'apprentissage linguistique novateur en ligne, les applications pour appareils mobiles pour l'interprétation en temps réel et les outils bureautiques de traduction automatisée pour les documents non officiels.

En outre, la révision de la prime au bilinguisme pourrait permettre de réaffecter les ressources financières nécessaires aux investissements ciblés dans les technologies qui permettent l'acquisition et le maintien des compétences en langue seconde. La prime est demeurée à 800 $ par année depuis son adoption en 1976; sa valeur actuelle est donc beaucoup moindre qu'au moment où elle a été créée. Il existe un argument convainquant selon lequel il serait préférable pour les fonctionnaires et la population canadienne que ces ressources soient affectées aux outils et aux applications de travail qui peuvent aider les employés à acquérir et à maintenir des compétences en langue seconde. De nombreux fonctionnaires pourraient en profiter, particulièrement si le système de gestion du rendement tient compte des compétences bilingues et permet l'avancement professionnel des employés qui, entre autres, améliorent leurs compétences linguistiques.

L'adoption d'une approche pangouvernementale qui améliore la prestation de services et accroît l'efficacité opérationnelle nécessite la reconnaissance du fait qu'en normalisant et en regroupant de manière accrue et qu'en élargissant l'adoption de services communs et partagés pour des fonctions administratives et autres, les langues de travail utilisées dans les institutions de la fonction publique qui fournissent ces services doivent inévitablement transcender les régions géographiques et, par conséquent, pour des raisons relatives à la langue de travail, la distinction entre les régions bilingues et unilingues. Pour ce faire, nous devons faire en sorte que les fournisseurs de services communs et partagés, peu importe où ils sont situés, aient la souplesse nécessaire de fournir du personnel et de maintenir des milieux de travail qui fonctionnent efficacement dans les deux langues officielles, et que les outils et les services qu'ils conçoivent et fournissent au reste de la fonction publique respectent les droits des employés concernant la langue de travail.

Un milieu de travail moderne et habilitant qui utilise les nouvelles technologies de façon judicieuse pour faciliter le réseautage, l'accès aux données et le service à la clientèle nécessite un changement de culture pour permettre l'innovation en ce qui a trait aux langues officielles et à la langue de travail. Entre autres, on pourrait devoir faire volontairement l'effort de mettre à l'essai les technologies relatives au milieu de travail et les systèmes, et de mener des projets pilotes en français d'abord, car il est plus probable que les difficultés à traiter soient révélées dans cette langue, afin que les milieux de travail favorisent une utilisation efficace des deux langues officielles. On devra également mettre à jour de façon continue la Politique sur les langues officielles pour que la fonction publique puisse adopter de nouvelles technologies qui permettent un libre accès aux données et à l'information, de même que le transfert efficace et efficient des connaissances, au fur et à mesure qu'elles sont perfectionnées et acquises.

Il existe aussi des occasions de tirer parti de la technologie et des réseaux d'expertise connexes pour aider à servir et à appuyer les communautés de langues officielle en situation minoritaire. Des préoccupations légitimes ont été soulevées selon lesquelles les pressions budgétaires ont une incidence sur les voyages et les moyens traditionnels d'établir des liens avec ces communautés et de les appuyer. Toutefois, le rayonnement fondé sur la technologie permet de surmonter ces enjeux.

Un effectif compétent, confiant et très performant, qui adopte de nouvelles méthodes de travail nécessite que l'on encourage les milieux de travail de la fonction publique à devenir propices à l'utilisation des deux langues officielles, y compris en :

  1. s'assurant que tous les fonctionnaires fédéraux ont un accès équitable à la formation linguistique, peu importe où ils travaillent. Nos consultations ont clairement indiqué que les fonctionnaires sont prêts à assumer la responsabilité de la gestion de leur propre carrière et à travailler pour perfectionner leurs compétences, y compris par l'acquisition et le maintien de compétences en langue seconde. Cependant, ils souhaitent obtenir l'appui de leur gestionnaire pour leur permettre de le faire de façon novatrice, au travail et dans leur temps libre;
  2. fournissant des outils et des activités d'apprentissage linguistique et de maintien des compétences en langue seconde novateurs et peu coûteux pour s'assurer que, au fur et à mesure que d'autres postes sont désignés comme bilingues, les candidats retenus qui ne satisfont pas aux exigences linguistiques des postes bilingues puissent obtenir le niveau de compétence requis pour assurer la participation équitable des anglophones et des francophones à la fonction publique.

En outre, on pourrait appuyer ces efforts en tirant parti de la gestion du rendement pour encourager l'acquisition, l'utilisation et le maintien de compétences en langue seconde, notamment en :

  1. évaluant le rendement des employés en utilisant les compétences de base et fonctionnelles adéquates qui renforcent la dualité linguistique et encouragent l'acquisition et le maintien d'une langue seconde;
  2. intégrant des activités novatrices de formation linguistique et de maintien des compétences dans les plans d'apprentissage et de perfectionnement professionnel des employés;
  3. élaborant des compétences fonctionnelles pour les gestionnaires et les superviseurs qui mettent l'accent sur leurs responsabilités visant à créer des milieux de travail favorisant l'utilisation des deux langues officielles.

Comment le Conseil du Réseau des champions des langues officielles peut-il aider à concrétiser la vision Objectif 2020?

Dans le cadre de l'examen de la vision Objectif 2020, les champions des langues officielles peuvent jouer un rôle essentiel en aidant à renforcer le bilinguisme à l'échelle de la fonction publique pour aider à la concrétiser. Toutefois, le Conseil est d'avis que pour contribuer de façon pratique et significative, les champions devront aller au-delà de leurs fonctions de promotion et d'ambassadeurs afin de jouer un rôle stratégique et tactique en tant qu'agents de changement. Le Conseil mobiliserait les membres de son réseau, déterminerait les occasions et les investissements ciblés pour faciliter et permettre un changement qui permettrait à la fonction publique de continuer à évoluer de façon bilingue, tout en optimisant les avantages pour le Canada et les Canadiens de travailler et de servir le public dans les deux langues officielles.

D'emblée, les champions des langues officielles devront renforcer leur capacité de réseautage. Nous devrons travailler ensemble par l'entremise du Conseil afin de définir comment nous pouvons accroître la valeur et assumer les responsabilités associées au fait d'agir comme agents de changement.

Déjà, nos champions discutent de nombreuses occasions stratégiques. Par exemple, les champions des langues officielles pourraient travaillent à renforcer le recrutement des candidats bilingues en collaboration avec leurs administrateurs généraux respectifs, qui sont tous des champions d'un établissement postsecondaire au Canada. En plus de diffuser le message sur l'importance du bilinguisme au Canada ainsi que de sa valeur et de sa pertinence dans un monde interrelié, les champions pourraient travailler avec l'établissement de leur administrateur général afin de forger un partenariat stratégique visant à accroître le nombre de finissants bilingues qu'il produit.

Pour appuyer un environnement axé sur l'ouverture et la collaboration, nous travaillerions ensemble afin de cerner les modifications stratégiques qui pourraient être apportées à la Politique sur les langues officielles, en vue d'appuyer les efforts visant à renforcer et à moderniser les pratiques associées au bilinguisme institutionnel. Nous pourrions également cerner et promouvoir les occasions de mettre à l'essai ou d'utiliser les nouvelles technologies langagières qui appuient le maintien des compétences linguistiques et les milieux de travail bilingues efficaces. Nous avons entendu parler à maintes reprises de la dominance de l'anglais dans les réseaux en ligne et les collectivités de connaissances virtuelles. Nous devrions mettre l'accent sur la manière de renforcer les réseaux de connaissances afin d'améliorer leur utilité et leur pertinence à l'égard du travail de la fonction publique en français. Ceci pourrait se faire en facilitant la participation des fonctionnaires aux réseaux de connaissances mondiaux afin d'accroître leur pertinence, leur applicabilité et leur utilité pour le travail de la fonction publique en français (p. ex. http://fr.wikipedia.org), en reconnaissant le fait qu'il s'agit non seulement d'un avantage pour le Canada, mais pour l'ensemble des pays de la francophonie.

Pour appuyer une approche pangouvernementale qui améliore la prestation de services et accroît l'efficacité opérationnelle, nous pourrions cerner les modifications et les interventions stratégiques requises pour faire en sorte que, pour les fournisseurs de services communs et partagés, toutes les régions soient véritablement bilingues et que tous les instruments de travail et les systèmes électroniques dont ils sont responsables soient accessibles aux employés dans les deux langues officielles. Le Conseil reconnaît qu'il ne peut pas s'agir d'une réaction après coup. Il doit s'agir d'une priorité « initiale » des efforts visant à mettre en place les structures qui appuient une collaboration accrue, une culture de gestion à l'échelle de l'organisation et des systèmes pangouvernementaux.

Dans le but d'appuyer un milieu de travail moderne et habilitant qui utilise les nouvelles technologies de façon judicieuse, le Conseil renforcerait la capacité des membres de son réseau à travailler avec leurs administrateurs généraux pour faire en sorte que l'utilisation des nouvelles technologies encourage la dualité linguistique au sein de la fonction publique, favorisant ainsi un effectif dynamique, diversifié et bilingue.

Pour soutenir un effectif compétent, confiant et très performant, le Conseil accroîtrait ses efforts visant à cerner et à échanger des pratiques exemplaires favorisant l'utilisation des deux langues officielles au travail, et travaillerait avec les administrateurs généraux pour appuyer leur adoption au sein des ministères et des organismes. Un exemple d'une telle pratique est la pratique du ministère du Patrimoine canadien consistant à présenter les exposés de gestion dans une langue et à parler à l'auditoire dans l'autre langue. Nous travaillerions également à déterminer des outils et des activités d'apprentissage linguistique et de maintien des compétences en langue seconde novateurs, efficaces et peu coûteux que nous pourrions recommander aux administrateurs généraux. Nous appuierions les membres de notre réseau afin qu'ils présentent une analyse de rentabilisation aux administrateurs généraux en vue d'acquérir ces outils et ces ressources d'apprentissage, et qu'ils travaillent avec les ministères et les organismes pour assurer leur utilisation efficace, y compris au moyen du processus de gestion du rendement.

Conclusion – Tirer parti du bilinguisme dans la fonction publique de l'avenir

Dans le présent document, nous avons présenté de nombreuses observation et idées concernant la forme que devrait prendre la fonction publique de l'avenir, centrées sur le renforcement du bilinguisme. En résumé :

  • En ce qui a trait au recrutement, nous sommes d'avis que la fonction publique devrait être plus audacieuse lorsqu'il s'agit de son image de marque en tant qu'employeur qui valorise le bilinguisme et les avantages professionnels connexes;
  • Sur le plan de l'apprentissage et du maintien des compétences linguistiques, nous favorisons une approche plus systématique en ce qui a trait au renforcement des efforts d'apprentissage des employés en veillant à ce que leurs compétences en langue seconde soient utilisées au travail ainsi qu'en reconnaissant et en récompensant les efforts des employés qui travaillent de façon bilingue au moyen du processus de gestion du rendement;
  • Pour ce qui est de la technologie, nous croyons qu'en adoptant une approche réfléchie, les nouvelles technologies offrent un potentiel énorme pour faciliter une utilisation élargie des deux langues officielles à l'échelle de la fonction publique et permettre l'apprentissage linguistique et le maintien des compétences à faible coût dans le milieu de travail;
  • En ce qui concerne les efforts visant à accroître le bilinguisme des ressources, nous proposons de revoir l'utilisation de la prime au bilinguisme, afin de réaffecter ces fonds pour appuyer les investissements ciblés dans les technologies novatrices et à faible coût qui permettent l'acquisition et le maintien des compétences linguistiques au travail;
  • En ce qui a trait au libre accès aux données et au transfert des connaissances, nous prévoyons que la tension entre le libre accès aux données et la dualité linguistique au sein de la fonction publique n'aura bientôt plus de raison d'être, car les outils de traduction puissants et doués du don d'ubiquité permettront aux renseignements opérationnels d'être publiés dans n'importe quelle langue et d'être traduits instantanément par l'utilisateur sur tout appareil informatique;
  • Concernant les régions définies comme bilingues sur le plan géographique, nous signalons que dans un monde sans fil, réseauté et virtuel, avec un regroupement accru et la transition vers des fournisseurs de services communs et partagés à l'échelle de l'organisation, le temps est venu de moderniser les politiques relatives à la langue de travail à la fonction publique. Nous devons faire en sorte qu'elles appuient l'adoption en temps opportun des nouvelles technologies, les approches pangouvernementales, le perfectionnement d'un environnement axé sur l'ouverture et la collaboration, l'assurance de l'accès à l'information et aux services du gouvernement dans la langue officielle de choix de la population canadienne n'importe où au Canada et dans le monde ainsi que les milieux de travail favorisant l'utilisation des deux langues officielles;
  • Enfin, sur le plan du leadership mondial, étant donné que plus d'un milliard de personnes dans le monde parlent au moins l'une de nos deux langues officielles, nous sommes convaincus qu'une fonction publique bilingue permettrait au Canada d'exceller dans la conjoncture mondiale. La dualité linguistique nous donne la capacité de mobiliser un plus grand nombre de personnes et d'influencer un plus grand nombre de pays sur le plan du travail que de nombreux pays unilingues plus grands que le nôtre. Nous devrions tenter de tirer entièrement parti de cette capacité pour donner au Canada un avantage stratégique sur la scène mondiale.

Pour terminer, nous aimerions remercier les nombreux fonctionnaires qui nous ont fait part de leurs idées et de leurs points de vue. Nous tenons particulièrement à remercier le Réseau des jeunes fonctionnaires fédéraux qui a joué un rôle essentiel en nous aidant à remettre en question le statu quo. Nous sommes également reconnaissants envers la Communauté nationale des gestionnaires, qui cherche à obtenir du soutien pour aller au-delà de la « culture de grief » pour trouver des moyens plus constructifs et novateurs de respecter les droits des employés en ce qui a trait à la langue de travail, tout en favorisant un milieu de travail davantage bilingue. Nous remercions les cadres de direction avec qui nous avons discuté et qui ont mis l'accent sur le fait que la création de milieux de travail favorisant l'utilisation des deux langues officielles est une responsabilité clé en matière de leadership, et qui croient que nous pouvons profiter de nombreux avantages en étant ouverts aux nouveaux points de vue concernant les langues officielles à une période où les ressources sont déjà insuffisantes. Nous voulons également souligner nos nombreux collègues régionaux qui nous ont rappelé les enjeux et les possibilités avec lesquels ils doivent composer lorsqu'il s'agit de servir les communautés de langue officielle en situation minoritaire, et l'importance grandissante de trouver des solutions novatrices pour assurer la durabilité de ces efforts. Enfin, nous remercions les collectivités fonctionnelles qui ont clairement indiqué leur besoin de mieux tirer parti du savoir-faire à l'échelle de la fonction publique grâce à la collaboration et au transfert des connaissances pour lesquels la langue de travail ne constitue pas un obstacle.

Nombre des observations et des recommandations mises de l'avant dans cette présentation ont été faites lors d'une discussion libre sur Objectif 2020 et les langues officielles tenue par l'École de la fonction publique du Canada le 12 septembre 2013. Nous remercions les personnes qui ont pris la parole pendant cette discussion, soit Daniel Watson, dirigeant principal des ressources humaines, Secrétariat du Conseil du Trésor; Graham Fraser, commissaire aux langues officielles; Liseanne Forand, présidente, Services partagés Canada, et Kristina Brown, ancienne coordonnatrice nationale du Réseau des jeunes fonctionnaires fédéraux. Leurs contributions réfléchies et provocantes ont stimulé une vaste discussion parmi les 46 participants sur place et les plus de 200 participants utilisant la webémission. Nous remercions également l'École de la fonction publique du Canada d'avoir permis la réussite de ce jalon dans le cadre de nos efforts de collecte de rétroaction et de conseils.

La vision Objectif 2020 repose sur l'argument selon lequel la mobilisation, la collaboration, le travail d'équipe efficace et le perfectionnement professionnel sont tous essentiels à une organisation très performante. Le Conseil l'appuie sans réserve. Nous croyons également fermement que l'un des atouts les plus précieux que la fonction publique du Canada possède déjà est sa capacité bilingue en français et en anglais, et que cet atout culturel puissant fait partie intégrante de la mobilisation, de la collaboration, du travail d'équipe efficace et du perfectionnement professionnel de notre effectif. Nous sommes fiers d'offrir un service bilingue au Canada et aux Canadiens. Nous devons protéger et accroître cet avantage concurrentiel et en tirer parti tandis que nous regardons vers l'avenir.

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